Vivre, donc. Maintenant.

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lundi.amlocalcache-vignettesL700xH467demainestannule-60a37-733da93ba38bd0c43a5f795576b663f5aba78044Au lendemain même des élections, paraît aux éditions La Fabrique Maintenant, dernier petit opus du Comité invisible. Et le premier chapitre, qui tire à chaud les leçons de la campagne présidentielle française, annonce sans coup férir  : « Demain est annulé ».

On peut regarder une campagne présidentielle couler à pic. La transformation du « moment le plus important de la vie politique française » en grand jeu de massacre n’en rend le feuilleton que plus passionnant. On n’imaginait pas Koh-Lanta avec de tels personnages, ni rebondissements si vertigineux, épreuves si cruelles, humiliation si générale. Le spectacle de la politique se survit comme spectacle de sa décomposition.

Reprenant en plus court les analyses d’A nos amis (2015), ce livre tire également les leçons pour le présent immédiat des manifestations de 2016 contre la loi Travail et des promesses inabouties du mouvement Nuit-Debout. Pour réaffirmer plus fortement encore, à la veille de l’élection d’un nouveau président, que seul un processus de destitution peut contrer le fonctionnement calamiteux des institutions que nous connaissons.

En somme, pour nous, c’est Maintenant ou jamais.


Au même moment, paraît sur son blog un billet d’André Gunthert, qui analyse ce qu’il appelle « le repli micro-communautaire » (dont il fait de l’épicerie de Tarnac un symbole) comme la conséquence du désastre ambiant :

Face au pouvoir des lobbies ou à l’abandon des élites, les communautés minoritaires n’apparaissent plus comme une menace, mais au contraire comme un abri, le dernier refuge des solidarités et des protections que n’offre plus le politique. Significativement dénoncée par le pouvoir comme l’épicentre de la révolution, l’épicerie de Tarnac symbolise aujourd’hui l’horizon paisible d’une communauté affinitaire, qui ne peut manifestement plus être atteint à travers les instruments de la citoyenneté.

Lire son billet « Sous le signe de Tarnac » ici

« La bouche qui dit Nous »

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E.marrouLa philosophe Elise Marrou coordonne un dossier de la revue Klésis et livre une réflexion intéressante sur la possibilité d’une énonciation collective: « Dire nous »

On écoutera également avec profit sa communication intitulée « la communauté des hommes et des bêtes: un nouveau partage du sensible », qui mêle Kafka et Rancière,  ici.

 

Sur la communauté des solitaires (P. Quignard)

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Quignard

Le fond de ce que j’écris est un unique étonnement. Il est étonnant qu’à l’intérieur de tous les groupements humains existe depuis toujours un désir de fuir qu’aucun groupe n’assume. Ce mystère a passionné mes jours dès la plus petite enfance.

Cette belle exploration est aussi une trouée dans le mystère du besoin de communauté des hommes, suggérant que ce besoin s’exprime également dans la fuite de la proximité des semblables, dans une solitude qui est une communion à distance avec d’autres hommes, bêtes ou dieux.

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Musique et hacking : Instruments, communautés, éthiques.

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hackAppel à communication Colloque International

musée du quai Branly–Jacques Chirac, Ircam–Centre Pompidou

8‐10 Novembre 2017

 Depuis le tournant du troisième millénaire, le code informatique et les instruments numériques ne cessent de transformer les pratiques musicales dans leurs dimensions esthétiques, ergonomiques, communicationnelles ou éthiques. Cette reconfiguration s’opère en partie sous les auspices de la notion de hacking. Si cette dernière renvoie initialement à un ensemble d’activités liées au monde de l’informatique, elle a progressivement infiltré et structuré d’innombrables champs, dont celui de la création artistique. Les valeurs véhiculées par le hacking prônent à la fois la réappropriation des objets techniques produits en série et la valorisation d’une forme de savoir-faire communautaire en libre accès, mais aussi le plaisir de la sérendipité, du détournement et de la manipulation. Elles sous-tendent une forme de contestation sociale discrète et éparse, en réponse à une culture commerciale et industrielle mondialisée souvent normalisante. Le colloque « Musique et hacking » vise à cerner les pratiques de musiciens et de techniciens (professionnels ou non) s’impliquant dans des activités qui relèvent, explicitement ou implicitement, du hacking musical, et à étudier plus précisément le rôle joué par les hackers musicaux au sein de la culture numérique et des processus d’innovation qui lui sont associés. (…) Lire la suite ici

La Communauté, « un idéologème polysémique » —Stéphane Vibert

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img-vibertAlors qu’il vient de publier La Communauté des individus (éditions: Le bord de l’eau, 2016), on pourra relire, de Stéphane Vibert, cette mise au point très riche de la notion de communauté dans la pensée socio-anthropologique.

S.V.: La remise en cause salutaire de la vulgate utilitariste dominante dans les sciences sociales – notamment par le développement d’un « paradigme du don » [Caillé, 2002] autour des travaux du MAUSS – accompagne depuis plus d’une vingtaine d’années un processus multiforme à la fois théorique et pratique de redécouverte des vertus de la « communauté », aux sources diverses et variées (acteurs sociaux, minorités militantes, intellectuels communautariens, mais aussi organismes étatiques). L’hypothèse d’un rapport plus étroit qu’une simple concomitance apparaît valide à bien des égards, tant les deux orientations, pour hétérogènes voire contradictoires parfois qu’elles soient dans leurs incarnations concrètes, semblent bien participer d’un même mouvement de fond : valeurs communes (solidarité, proximité, générosité, dévouement, voire sacrifice), illustration d’une socialité primaire fondée sur les liens proxémiques de reconnaissance, plaidoyer pour un tiers secteur informel qui dessine un champ d’activités à la fois spontanées, libres et inclusives (bénévolat, volontariat), apologie d’une « troisième voie » entre État et marché qui soutienne l’autoconsistance et le caractère autonome du social. Au point qu’on peut se demander si la « communauté » des modernes, après s’être un temps fourvoyée dans l’essentialisme identitaire de collectivités closes, homogènes et pures, ne constitue pas – comme espace à la fois géographique, symbolique et moral – le lieu « naturel » d’expression des relations sociales assises sur la triple prescription du donner-recevoir-rendre.

Durant plus d’une centaine d’années, et encore parfois aujourd’hui, la notion de «communauté» a été appréhendée en contradiction avec celle de «modernité». Communitas chrétienne dans un lien mystique avec le divin, métaphore organique de groupes fermés et autoritaires, unité synthétique et vitaliste rêvée par le romantisme, elle s’est donné le visage de toutes les utopies anti-Lumières. Et pourtant, c’est bien à cause de ce double statut contradictoire – une nostalgie restauratrice se fondant dans une dimension projective qui désamorce la posture conservatrice – que la communauté va se manifester avant tout comme « un opérateur logique essentiel de la manière dont la modernité se pense » [Raulet, Vaysse, 1995, p. 7].

Indicateur d’une crise de légitimation intrinsèque à la modernité, la communauté se révèle (…)

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