Danser la communauté

Israël Galvan est ainsi un héros de la communauté. Son sacrifice est ce qui permet à celle-ci d’exister et de prendre place parmi la cosmologie des puissances. Et ceci n’est possible uniquement que parce qu’est établie cette liaison avec les forces supérieures, les forces divines et les forces de mort. Galvan permet à la communauté d’exister et de se reconnaître comme existant. Car elle a besoin de ce prolongement et de cette projection dans l’invisible de sa partie immédiatement visible et concrète (le rassemblement fortuit des hommes à l’occasion de cette cérémonie). Il a convoqué les forces supérieures qui la sanctifient et assurent son existence qui ne peut être que mystique. Ainsi, grâce à lui sont reliés morts et vivants, présents et absents, hommes et esprits, et hommes entre eux. Il a rendu visible l’invisible, suscité l’épiphanie de la communauté.

On pourrait s’interroger  sur le sens en 1913 de la présentation d’une communauté perdue et dérisoire qui peut sembler bien décalée au regard des enjeux politiques de ces années-là. Elle affirme en effet son ignorance, sa séparation à l’égard d’un monde politique qui organise et contrôle la circulation des flux monétaires et migratoires, dont la guerre est un moteur essentiel, et semble par là refuser le mode des échanges de sujets fluctuants et opportunistes, soumis au gré de leur affects et de leurs rapports de force. (…) Cette communauté, fondée aussi sur l’absence du geste conquérant, ne témoigne-t-elle pas, plus que d’un désir de retour utopique à la communauté primitive, de la tentative de préserver une dépense qui ne rend pas victime et qui relance sans le vouloir de nouvelles possibilités de vie ? De la nécessaire et dérisoire raideur d’une communauté de corps impossibles, à la fois séparés et à la limite d’être (dés)articulés, « movers » qui s’abandonnent à une tâche magique définie par la loi chorégraphique ?

Voir aussi « Choreopolice and choreopolitics », by André Lepecki.

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