Billets

Cette rubrique permettra aux chercheurs de la CCC de publier des textes à un format adapté au web (pas plus de 5000 signes) afin d’alimenter les échanges et débats. Ces billets pourront être écrits à 4 ou à 6 mains, et pourront motiver des collaborations transversales entre des membres qui souhaiteraient croiser leurs approches, leurs objets, les méthodes, etc. Les membres de la CCC et les lecteurs pourront ainsi réagir à ces textes, afin de compléter les dialogues et échanges issus des autres rubriques du blog. JL

BILLET 1) Autour de la notion « d’homophilie »(ou association par affinités ou liens faibles)*

cruciale dans la réflexion contemporaine sur les réseaux sociaux et les théories de l’information, comme en atteste l’article du Monde référencé dans la rubrique « liens » du blog, et qui traite de la question de l’influence des « liens faibles » dans les réseaux.

 

Qu’a à dire la philosophie (qu’a-t-elle déjà dit, que peut-elle dire aujourd’hui) à ce sujet ?

 

L’homophilie est l’aspiration à l’entre-soi, à la fréquentation des mêmes, et donc – on le comprend – une porte d’entrée et une pente naturelle au communautarisme (qui se remarque fortement sur les réseaux sociaux justement, où les communautés virtuelles sont des rassemblements, autour de centres d’intérêt communs, d’individus aux profils relativement identiques, favorisant donc peu de mixité réelle).

Or le besoin de Communauté, l’aspiration à celle-ci (telle que Jean-Luc Nancy a contribué à la définir), contre tout communautarisme est à l’inverse une aspiration au rassemblement inconditionnel, par-delà donc les différences, et au mépris pourrait-on dire de celles-ci.

C’est pourquoi d’ailleurs cette aspiration est beaucoup plus sensible et efficace comme tropisme non actualisé que comme réalité, tant il est vrai que le réflexe de fréquentation des mêmes et le rejet du différent et de l’étranger (homogamie notamment) revient dès qu’on passe de l’aspiration à la traduction effective dans le réel ou même dans le virtuel (les réseaux sociaux sur internet) de ce besoin fondamental.

 

C’est pour cela que la 3e proposition formulée dans la rubrique « définitions » insiste sur l’idée que la Communauté est sentiment de partage avec des individus que l’on ne connaît pas. C’est bien parce qu’on ne les connaît pas que l’on échappe au communautarisme de l’homophilie et que ce que l’on partage avec ces « autres » est si mystérieux. C’est ce mystère qui donne son prix à la Rencontre avec l’autre, l’autre avec qui l’on accepte le risque de se sentir « en commun ».

 

1ere remarque incidente : la société a-t-elle été historiquement le moyen d’échapper à la tentation homophile ? Cela doit-il réhabiliter à nos yeux aujourd’hui cette catégorie de « société » qui, bien que par des liens plus lâches que la Communauté, promet effectivement la réunion et donc la fréquentation de profils différents dans un même ensemble (par ex spatial: la ville, ou le pays)?

 

Deuxième remarque : ce qu’il y a d’intéressant avec les réseaux sociaux, c’est qu’ils réunissent effectivement des individus qui ne se connaissent pas, qui partagent bien quelque chose en commun (des centres d’intérêts ou des amis communs), mais qui court-circuitent largement cependant la possibilité de la rencontre du différent (un exemple éclatant est le fonctionnement des sites de rencontres où la sélection des profils permet de retrouver le confort de l’homogamie sociale et d’éviter le risque du trop-différent). Sont-ils alors la forme prise aujourd’hui par l’aspiration à la Communauté, mais une forme qui serait dévoyée dans son principe même puisqu’elle éliminerait ce qui fait le risque et la force ou l’attrait de la Communauté inconditionnelle ? Serait-ce une forme « pervertie » mais très séduisante, dans le sens où elle promettrait donc de satisfaire à la fois le besoin de Communauté et le besoin d’homophilie ?

* homophilie:  terme peu heureux que l’on peut sans doute remplacer avantageusement par « association selon affinités ». On la retrouve cependant assez bien implantée et courramment utilisée en sociologie, des réseaux notamment.

Cf. le sociologue Michel Grossetti: « L’homophilie désigne une autre façon de décrire les relations, qui se fonde sur la similarité plus ou moins importante des caractéristiques des protagonistes : homophilie d’éducation (similarité des niveaux d’études), de statut social (catégories professionnelles), d’âge, de genre, etc. C’est un indicateur très utile, entre autre pour évaluer la fragmentation du monde social.  » « Les limites de la symétrie », SociologieS [En ligne], La recherche en actes, Les limites de la symétrie, mis en ligne le 22 octobre 2007, consulté le 15 mai 2015. URL : http://sociologies.revues.org/712

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