« Commun et communauté dans les écrits de Tiqqun et du Comité invisible »

Paris et Cergy, les 15, 16 et 17 septembre 2016.

 

On peut dire après-coup —sur le moment, peu s’en sont aperçu— que dans le monde intellectuel finalement assez atone de la fin du XXe siècle, la publication de deux numéros d’une revue éphémère, Tiqqun 1 et Tiqqun 2, aura constitué un événement[1]. Les textes de cette œuvre collective ont en effet revigoré la critique sociale et la pensée politique radicale, ce qui en a fait réfléchir —ou affolé— plus d’un.

Quelques années plus tard, cette exhortation originale à penser le présent et l’avenir a trouvé un prolongement dans le Comité invisible, organe lui-même collectif et anonyme, dont les écrits connurent quant à eux assez rapidement une large diffusion, nationale et internationale (notamment à la suite de l’exposition médiatico-judiciaire dont furent victimes leurs supposés auteurs) : L’insurrection qui vient (2007) puis A nos amis (2014).

 

Ces textes, dans leur diversité, tiennent tout à la fois du manifeste virulent et du pamphlet rafraîchissant, recourant volontiers à la satire et à l’outrance. C’est ce qui explique sans doute la puissance de fascination qu’ils exercent toujours et peut-être pour longtemps encore. Mais dressant dans le même temps un constat sans appel du présent et proposant des pistes d’action pour l’avenir, ce sont aussi des tentatives d’une exigence intellectuelle rare pour penser l’époque et ses possibles — celle du règne de la marchandise-spectacle —, avec les outils intellectuels à notre disposition (spectacle, biopouvoir, formes-de-vie, vie nue, etc.), sans s’interdire de forger à leur tour des concepts nouveaux quand ils paraissaient nécessaires (Bloom, Jeune-Fille, etc.).

 

Un des enjeux primordiaux de ces publications, en parallèle avec la préparation de l’insurrection, est de penser les conditions de possibilités contemporaines de la communauté (« notre seule affaire est le communisme », peut-on lire en Postface à l’édition italienne de Théorie du Bloom, 2004[2]). Par l’analyse des décombres affectives laissées par la société individualiste capitaliste occidentale et désormais mondialisée, il s’est agi de réconcilier mobilisation, théorie, poésie, et prophétisme. Or sur quel commun ces écrits s’appuient-ils et quel commun construisent-ils ? Ainsi quelle nouveauté ces écrits représentent-ils par rapport à la pensée de la communauté telle qu’elle s’est forgée au XXe siècle chez Bataille, Blanchot, Nancy, Agamben, Negri, Esposito par exemple ? Comment les différents mouvements sociaux et les diverses expériences d’organisation ou de résistance collective de ces dix dernières années (mouvements des « places », Anonymous, Occupy, mouvements des ZAD, Nuits-debout par exemple) ont-ils pu profiter de ce que ces écrits formulaient ?

 

Il nous intéressera également d’étudier les réponses ou prolongements, notamment artistiques, que ces écrits ont suscités. Si beaucoup parmi eux se sont émus de « l’Affaire de Tarnac », certains artistes et créateurs se sont sentis plus directement interpellés par le contenu de ces textes mêmes, si bien que l’influence de ceux-ci sur la création contemporaine est désormais évidente. Ainsi, comment ces écrits engagent-ils à leur manière l’utopie communautaire portée par le théâtre, la poésie, le cinéma, la littérature ? Et quel appel des créateurs comme Thomas Ostermeier, ou Coline Struyf par exemple, mais sans doute bien d’autres, ont-ils entendu, en résonance avec leur propre œuvre artistique et les buts qu’ils se donnent ?

 

Porté par le « CCC » (Communauté des chercheurs sur la communauté) et le laboratoire AGORA de l’Université de Cergy-Pontoise, ces rencontres sont prévues pour se dérouler à Paris et à Cergy les 15, 16 et 17 septembre 2016. Si vous souhaitez participer aux débats ou simplement assister et être tenu au courant des modalités pratiques de la rencontre, envoyez un message (et le cas échéant votre proposition) dans un message électronique à l’adresse suivante : remi.astruc@u-cergy.fr.

 

[1] Le contenu de ces numéros a été repris ensuite dans diverses publications autonomes: Premiers éléments pour une théorie de la Jeune-Fille, Introduction à la guerre civile, Théorie du Bloom, etc. ce qui a grandement contribué à leur diffusion et médiatisation

[2] Le texte se poursuit ainsi : « Le communisme n’est pas une autre façon de distribuer les richesses, d’organiser la production, de gérer la société ; le communisme est une disposition éthique. Une disposition à se laisser affecter, au contact des êtres, par ce qui nous est commun. Une disposition à partager ce qui est commun. L’« autre état » de Musil s’en approche plus que l’URSS de Khrouchtchev. »

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