La Communauté, « un idéologème polysémique » —Stéphane Vibert

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img-vibertAlors qu’il vient de publier La Communauté des individus (éditions: Le bord de l’eau, 2016), on pourra relire, de Stéphane Vibert, cette mise au point très riche de la notion de communauté dans la pensée socio-anthropologique.

S.V.: La remise en cause salutaire de la vulgate utilitariste dominante dans les sciences sociales – notamment par le développement d’un « paradigme du don » [Caillé, 2002] autour des travaux du MAUSS – accompagne depuis plus d’une vingtaine d’années un processus multiforme à la fois théorique et pratique de redécouverte des vertus de la « communauté », aux sources diverses et variées (acteurs sociaux, minorités militantes, intellectuels communautariens, mais aussi organismes étatiques). L’hypothèse d’un rapport plus étroit qu’une simple concomitance apparaît valide à bien des égards, tant les deux orientations, pour hétérogènes voire contradictoires parfois qu’elles soient dans leurs incarnations concrètes, semblent bien participer d’un même mouvement de fond : valeurs communes (solidarité, proximité, générosité, dévouement, voire sacrifice), illustration d’une socialité primaire fondée sur les liens proxémiques de reconnaissance, plaidoyer pour un tiers secteur informel qui dessine un champ d’activités à la fois spontanées, libres et inclusives (bénévolat, volontariat), apologie d’une « troisième voie » entre État et marché qui soutienne l’autoconsistance et le caractère autonome du social. Au point qu’on peut se demander si la « communauté » des modernes, après s’être un temps fourvoyée dans l’essentialisme identitaire de collectivités closes, homogènes et pures, ne constitue pas – comme espace à la fois géographique, symbolique et moral – le lieu « naturel » d’expression des relations sociales assises sur la triple prescription du donner-recevoir-rendre.

Durant plus d’une centaine d’années, et encore parfois aujourd’hui, la notion de «communauté» a été appréhendée en contradiction avec celle de «modernité». Communitas chrétienne dans un lien mystique avec le divin, métaphore organique de groupes fermés et autoritaires, unité synthétique et vitaliste rêvée par le romantisme, elle s’est donné le visage de toutes les utopies anti-Lumières. Et pourtant, c’est bien à cause de ce double statut contradictoire – une nostalgie restauratrice se fondant dans une dimension projective qui désamorce la posture conservatrice – que la communauté va se manifester avant tout comme « un opérateur logique essentiel de la manière dont la modernité se pense » [Raulet, Vaysse, 1995, p. 7].

Indicateur d’une crise de légitimation intrinsèque à la modernité, la communauté se révèle (…)

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